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mercredi 10 février 2010

Entretien avec le Ministre José Endundo Bononge paru dans Le Potentiel du 5/02/2010

Copenhague 2009 : Pourquoi la République démocratique du Congo est courtisée ?

Propos recueillis par Madimba Kadima-Nzuji, correspondant à Bruxelles.

La bataille contre le réchauffement climatique prend un nouveau tournant avec le sommet de Copenhague. Homme de convictions et de passion, le ministre José Endundo Bononge nous dresse un portrait sans détours de la position de la RDC face aux enjeux climatiques.


Le Potentiel - Quelles étaient les attentes du Congo au sommet de Copenhague ?

Le Ministre José Endundo Bononge - Les attentes du Congo étaient fonction des ressources dont il dispose. Le Congo a la deuxième forêt tropicale mondiale qui représente 50% de toute la forêt africaine, détient 50 % des ressources d’eau douce du continent et possède la première méga bio-diversité africaine soit une des 6 grandes méga bio-diversité mondiales.
D’un point de vue institutionnel, la République démocratique du Congo devait disposer de 15% de son territoire (2 344 860 km²) en aires protégées, il en est à 11% soit 257 934,6 Km². Pour avoir une idée, ces aires protégées sont aussi grandes que des pays comme la Roumanie. De nombreuses réformes sont en cours notamment sur les titres forestiers. Un arsenal juridique est mis en place, 3 projets de loi sont examinés au Parlement, pour que le Congo puisse jouer désormais un rôle de premier plan en matière d’environnement et de changement climatique.

Le ministère a commandé une étude au cabinet McKinsey sur le potentiel REDD+ ( REDD pour « réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation de la forêt ») de la RDC pour adapter au mieux sa gestion de notre immense parc forestier et + pour la prise en compte de la conservation et du carbone.

Fort de ses atouts, la République démocratique du Congo se devait de tenir son rang parmi les nations dans la lutte contre le réchauffement climatique.

L.P.- Donc nous pouvons déduire de votre réponse que le Congo allait à Copenhague pour se positionner sur la scène internationale et non pour des questions de développement ?

J. Endundo Bononge - Développement et positionnement sur la scène internationale sont liés. Il est normal que le Congo occupe la première position en Afrique en matière environnementale, il en a les atouts et la volonté politique. Le Président Kabila l’a encore exprimé le 7 décembre dernier lors de son discours à la nation. Une mise à niveau est donc nécessaire sur le plan institutionnel pour que la RDC puisse être ce géant dont a parlé Nicolas Sarkozy.

L.P.- Avez-vous l’impression d’avoir été entendu à ce sommet ?

J. Endundo Bononge - Le Congo a été entendu au sommet de Copenhague. Il s’est distingué par son implication, une centaine de personnes venant aussi bien des cabinets ministériels, de différentes administrations, que d’ONG, d’universitaires et de faiseurs d’opinion.. La République démocratique du Congo va pour 2 ans présider la COMIFAC (Commission des Forêts d’Afrique Centrale), diverses alliances ont été nouées avec le Brésil, l’Union européenne, la Papouasie Nouvelle Guinée,… Et de surcroit la RDC pilotera la question climatique pour toute l’Afrique pendant 2 ans. C’est une position de premier plan et qui aura des retombées pour le pays.

L.P. - Quel est votre bilan de Copenhague ?

J. Endundo Bononge – Le réchauffement climatique est une réalité au quotidien. La désertification est en cours au Tchad, le rythme de la fonte des glaces a été multiplié par 3 en 10 ans occasionnant la montée des eaux…. Il faut agir et vite.
Copenhague a offert l’occasion à 192 pays de s’exprimer chacun avec sa problématique sur le changement climatique et l’avenir de ses populations. Les avancées ont été sans aucun doute l’implication positive ou négative, l’Histoire jugera, des USA et de la Chine dans les négociations. Avec 41% des émissions de gaz à effet de serre, USA et Chine détiennent les cartes de l’avenir climatique de notre planète. A Copenhague, nous avons assisté un engagement du Président Obama sur les questions climatiques malgré une loi sur la gestion climatique américaine en retard, et la République populaire de Chine a subordonné tout engagement international au fait que le changement climatique ne pouvait freiner son développement. Aujourd’hui la question climatique est liée à la croissance réalisée pour les uns et pour les autres à la décroissance économique pour des raisons climatiques.

L.P – Monsieur le Ministre, la notion de dette climatique n’est pas forcément fausse. Les pays européens ont contribué de manière significative à la pollution mondiale, qu’en pensez-vous ?

J. Endundo Bononge – La dette climatique est une question désormais sur la table. Il faut arriver à un consensus qui fasse que les pollueurs, en plus de réduire leurs émissions, payent pour arrêter la dégradation environnementale. Tous les débats de Copenhague se focalisaient sur ce point. Les conférences internationales de Bonn et de Mexico en 2010 seront des moments forts où chaque pays proposera et négociera des solutions pour l’intérêt de tous.
L’accord de Copenhague est un pis-aller. Il faut un accord plus contraignant à terme. De plus et il ne faut pas l’oublier Copenhague était une tentative de réponse globale à un problème global.
Le sommet de Copenhague s’est aussi intéressé aux efforts financiers à consentir par les uns et les autres et leurs finalités. L’année 2010 sera capitale pour déterminer le mécanisme financier de la sauvegarde de l’environnement, la clé de répartition de ces ressources. L’Afrique devrait participer pour au moins 40% de ses ressources et la question forestière pour au moins 20%. Nous pouvons dire qu’au moins 50% des ressources mobilisées seront à destination de l’Afrique.

L.P – Quels sont les engagements souscrits pour les pays en développement ?

J. Endundo Bononge – Dans un mécanisme dit « prompt start » trente milliards USD (10 de l’UE, presque 11 du JAPON, 3,5 des USA….) vont être consacrés sur trois ans aux pays en développement, en attendant de passer à partir de 2013 à des montants de plus en plus importants jusqu’à l’atteinte de 100 milliards l’an à partir de 2020.

L.P – Comment pouvez-vous résumer l’action qui doit être entreprise après Copenhague pour la RDC ?

J. Endundo Bononge – La première priorité et de conserver l’existant, de préserver nos forêts, nos lacs,… La participation renforcée du Congo à de nombreux traités et institutions internationales ainsi que les contacts pris à Copenhague vont dans ce sens. La conservation de l’existant passera par un investissement conséquent en ressources humaines (formation des agents en charge de l’environnement, campagne de sensibilisation et de prévention) et de ressources sociales et matérielles : le pire ennemi de la forêt est la pauvreté, la misère et l’analphabétisme. Ensuite, il faut investir dans la recherche et le développement d’énergies plus soucieuses de l’environnement. Enfin ceux qui préservent la forêt doivent avoir la contrepartie de cette action.

L.P. - Quelles sont vos souhaits pour l’année 2010 ?

J. Endundo Bononge – Une action de plus en plus efficace du gouvernement dans tous les domaines de la vie nationale.

Mots-clés : Copenhague, Environnement, RDC, Développement, Croissance